Le 30 mars 2026, un décret est venu porter le reste à charge du CPF à 150 € par formation, à compter du 2 avril. À sa création en mai 2024, cette participation obligatoire était de 100 €. Indexée à 103,20 € en janvier, elle aura donc augmenté de 50 % en moins de deux ans.
On peut débattre du bien-fondé de cette mesure. Elle confirme en tout cas une tendance de fond : même au cœur du dispositif le plus universel du système français, la question « qui paie, et quand ? » revient vers l'apprenant.
Dans notre précédent article, nous avions posé ce constat : le principal frein à l'accès à la formation n'est plus pédagogique, il est financier. Les dispositifs existants (CPF, Transitions Pro, AIF, prêt bancaire, autofinancement) sont indispensables, mais ils laissent de côté une partie des trajectoires.
Nous avions promis d'expliquer ensuite ce qu'est, concrètement, un contrat de partage de revenu. C'est l'objet de cet article.
La définition en une phrase
Un contrat de partage de revenu permet de suivre une formation sans la payer d'avance, en échange de l'engagement de reverser ensuite un pourcentage de son revenu, pendant une durée limitée, uniquement lorsque l'on travaille et au-dessus d'un seuil de rémunération.
Ce modèle est connu à l'international sous le nom d'Income Share Agreement (ISA). En France, on parle de contrat de partage de revenu.
L'idée centrale : on ne paie pas la formation au moment où l'on est le plus fragile, c'est-à-dire avant ou pendant. On contribue une fois qu'elle a produit son effet, un emploi et un revenu. Entre-temps, le risque est porté par le financeur, pas par l'apprenant.
Comment ça fonctionne, étape par étape
1. La candidature
L'apprenant candidate à une formation auprès d'un organisme partenaire. La sélection pédagogique reste celle de l'organisme : le contrat de partage de revenu ne remplace pas l'admission, il intervient après.
2. Le financement
Une fois admis, l'apprenant signe un contrat de partage de revenu. Le financeur règle la formation directement auprès de l'organisme. Le contrat peut couvrir l'intégralité du coût, comme compléter un financement partiel (un CPF qui ne suffit pas, par exemple). L'apprenant n'avance pas les frais.
3. La formation, puis le retour à l'emploi
Pendant la formation et pendant la recherche d'emploi qui suit, l'apprenant ne rembourse rien. Le contrat ne se déclenche qu'à partir du moment où il perçoit un revenu supérieur au seuil défini.
4. Le partage de revenu
Lorsque l'apprenant travaille et dépasse le seuil, il reverse chaque mois un pourcentage de son revenu, pendant un nombre de mensualités défini à l'avance.
5. La fin du contrat
Le contrat s'éteint dans tous les cas : soit parce que le nombre de mensualités est atteint, soit parce que le plafond de remboursement est atteint, soit parce que la durée maximale du contrat est écoulée, même si toutes les mensualités n'ont pas été versées.
Un exemple concret : une formation Sales financée par Umanity.
| Paramètre du contrat | Valeur |
|---|---|
| Coût total de la formation | 4 490 € |
| Montant du financement | 4 490 € (100 %) |
| Seuil de revenus | 1 428 € nets par mois |
| Part du revenu reversée | 10 % |
| Nombre de redevances mensuelles | 36 (3 ans maximum) |
| Redevance totale maximum | 5 334,57 € |
Lecture concrète : tant que l'apprenant gagne moins de 1 428 € nets par mois, il ne verse rien. Dès qu'il dépasse ce seuil, par exemple avec un premier poste à 1 800 € nets, il reverse 10 % de son revenu, soit 180 € par mois, pendant 36 mensualités au maximum. Et quoi qu'il arrive, il ne reversera jamais plus de 5 334,57 € au total, soit moins de 1,2 fois le montant financé.
Les paramètres exacts varient selon les formations. L'essentiel est qu'ils soient connus, écrits et plafonnés dès la signature.
Les quatre garde-fous d'un bon contrat
Un contrat de partage de revenu bien construit repose sur des protections explicites.
- Le seuil de revenu. En dessous d'un revenu minimum, l'apprenant ne verse rien. Pas de revenu, pas de remboursement.
- Le plafond total. Le montant maximal que l'apprenant pourra reverser est fixé à la signature. Même en cas de très belle réussite professionnelle, le contrat ne devient jamais illimité.
- La durée maximale. Le contrat a une date de fin, quoi qu'il arrive. Il ne suit pas l'apprenant indéfiniment.
- La suspension automatique. En cas de perte d'emploi ou de baisse de revenu sous le seuil, les versements s'arrêtent, sans pénalité ni procédure.
Ces protections garantissent que le risque est réellement partagé, au lieu d'être simplement transféré à l'apprenant sous une autre forme. C'est ce qui distingue ce modèle d'un simple report de paiement.
Ce que le contrat de partage de revenu n'est pas
Ce n'est pas un crédit. Un prêt crée une dette fixe, due quoi qu'il arrive, évaluée sur une capacité de remboursement estimée avant la formation. Le contrat de partage de revenu inverse cette logique : l'engagement est proportionnel au revenu réel, constaté après la formation. Nous consacrerons un article entier à cette distinction.
Ce n'est pas une bourse. Le financement n'est pas un don : si la formation débouche sur un emploi correctement rémunéré, l'apprenant contribue. C'est ce qui permet au modèle de financer de nouveaux apprenants, durablement.
Ce n'est pas non plus un pari sur la personne. Le financeur investit dans un parcours : une formation dont les débouchés sont documentés, avec un accompagnement vers l'emploi et un suivi dans la durée.
À qui ce modèle s'adresse
Le contrat de partage de revenu n'a pas vocation à remplacer les dispositifs publics. Si un CPF suffisant, une prise en charge Transitions Pro ou une AIF couvrent le projet, ces solutions doivent être mobilisées en premier.
Il s'adresse aux situations que ces dispositifs laissent sans réponse :
- un CPF insuffisant ou inexistant pour une formation longue ou spécialisée,
- un dossier Transitions Pro non retenu faute d'enveloppe,
- une reconversion choisie qui n'entre pas dans les priorités de financement public,
- une incapacité ou un refus légitime de s'endetter à titre personnel.
Dans toutes ces situations, c'est une solution de financement à part entière : il peut prendre en charge 100 % du coût de la formation, sans aucun apport de l'apprenant (c'est le cas de l'exemple ci-dessus). Et quand un financement partiel existe déjà, un CPF entamé ou une aide régionale, il couvre le reste. Il ne suppose ni épargne, ni droits acquis, ni co-financement.
L'alignement d'intérêts, cœur du modèle
La caractéristique la plus importante du contrat tient à sa structure.
Tout le monde réussit ensemble, ou personne ne réussit.
L'apprenant ne contribue que si la formation l'a mené à l'emploi. L'organisme de formation est valorisé sur sa capacité réelle à insérer. Le financeur, lui, n'est remboursé que si les deux premiers ont réussi.
Avant de financer, on ne se demande donc plus si le candidat pourra rembourser, mais si la formation mène réellement à l'emploi. C'est, à notre sens, la bonne question.
Chez Umanity, c'est ce modèle que nous mettons en œuvre : financer des trajectoires plutôt que des dettes, avec des contrats encadrés, plafonnés et alignés sur la réussite de chacun. Si vous envisagez une formation et que son financement vous bloque, découvrez comment ça se passe pour les apprenants.
La suite de cette série s'adresse aux organismes de formation : ce que change concrètement ce modèle pour les admissions, la trésorerie et l'inclusion.
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