Former là où il y a de l'emploi : pourquoi l'employabilité doit guider le financement
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Former là où il y a de l'emploi : pourquoi l'employabilité doit guider le financement

44 % des embauches prévues en 2026 s'annoncent difficiles à pourvoir (France Travail) : et si le financement de la formation suivait l'insertion réelle ?

Nicolas Goilav

Nicolas Goilav

Co-Fondateur & CEO

11 mai 2026Mis à jour le 11 juin 20267 min de lecture

En avril 2026, France Travail a publié son enquête annuelle sur les Besoins en Main-d'Œuvre. Les chiffres racontent deux histoires.

D'abord, le marché ralentit : 2,28 millions de projets de recrutement pour 2026, en baisse de 6,5 % sur un an. Ensuite, et c'est le plus intéressant : malgré ce ralentissement, pour 44 % de ces postes, les employeurs s'attendent à avoir du mal à trouver un candidat. Dans le BTP, c'est 65 % des postes. Dans la santé, l'un des rares secteurs où les embauches continuent d'augmenter, 54 %.

Autrement dit, même quand l'économie embauche moins, elle ne trouve toujours pas les compétences qu'elle cherche. La pénurie ne tient pas à la conjoncture ; elle est structurelle.

Pendant ce temps, des actifs qui voudraient précisément rejoindre ces métiers n'y parviennent pas, parce que la formation qui les y mènerait n'est pas finançable dans leur situation. Ce paradoxe est, en partie, le produit de la façon dont nous finançons la formation. Côté candidat, le tri s'est durci dans le même mouvement : ce qui décide d'un recrutement tient d'abord à une compétence que le recruteur peut vérifier.

Un financement largement aveugle à l'emploi

Parmi les milliards d'euros consacrés chaque année à la formation professionnelle, quelle part est allouée en fonction des débouchés réels des formations financées ? Une part minoritaire.

Le CPF finance des formations certifiées, mais la certification atteste d'un contenu et d'un processus, pas d'un taux d'insertion. Les enveloppes publiques intègrent des priorités sectorielles, mais à un niveau macro, rarement formation par formation. Et l'autofinancement, par définition, ne dépend que de la capacité de payer de l'apprenant.

Résultat : deux formations aux taux d'insertion radicalement différents peuvent être financées exactement de la même manière. Le système mesure des heures, des certifications et des coûts ; il mesure rarement ce qui compte le plus : ce que deviennent les apprenants six mois, un an, deux ans après.

Un financement aveugle aux débouchés finance indifféremment ce qui mène à l'emploi et ce qui n'y mène pas.

Ce que change un financement indexé sur la réussite

Le contrat de partage de revenu repose sur un principe simple : le financeur n'est remboursé que si l'apprenant trouve un emploi correctement rémunéré. La conséquence est mécanique : un financeur qui ne se rémunère que sur l'insertion ne peut financer que des formations qui insèrent.

Cette discipline ne repose pas sur une charte éthique : elle est inscrite dans l'économie même du modèle. Avant de financer, le financeur doit se poser les questions que le système pose trop rarement. Ce métier recrute-t-il réellement, dans ce territoire, à cet horizon ? Cette formation place-t-elle ses diplômés, à quel salaire, en combien de temps ? L'accompagnement vers l'emploi existe-t-il au-delà de la plaquette ?

Le financement cesse alors d'être un guichet pour devenir un signal.

Un cercle vertueux pour les organismes de formation

Cette logique valorise les organismes qui font le mieux leur travail. Celui dont les diplômés s'insèrent vite et bien devient finançable par ce canal, et peut le prouver à ses candidats par un argument simple : un financeur engage son propre capital sur ses résultats. Ceux qui investissent dans le placement, le lien avec les recruteurs et le suivi post-formation voient ces efforts, souvent invisibles dans les critères administratifs, devenir un avantage concurrentiel.

À l'inverse, les formations dont la promesse d'emploi ne résiste pas aux données ne trouvent pas ce financement. C'est une forme de régulation par l'alignement d'intérêts, complémentaire de la régulation administrative et parfois plus exigeante qu'elle.

Pour les entreprises et les territoires : un canal qui s'auto-oriente

Pour les entreprises des secteurs en tension, ce modèle a une propriété précieuse : il dirige spontanément les flux de formation vers les métiers qui recrutent. Là où les dispositifs publics doivent anticiper les besoins par des exercices de prospective, utiles mais lents, un financement indexé sur l'insertion s'ajuste en continu. Si un métier cesse de recruter, le modèle cesse d'y orienter des apprenants ; si un besoin émerge, les formations qui y répondent deviennent finançables.

C'est aussi un outil pour les territoires. Les tensions de recrutement ne sont pas les mêmes à Lille, à Toulouse ou en zone rurale, et un financement fondé sur l'insertion réelle intègre cette granularité, parce qu'il observe des placements plutôt que des moyennes nationales.

Les limites du modèle

L'employabilité doit guider le financement. Elle ne doit pas en devenir le seul critère, ni un critère court-termiste. Trois garde-fous nous semblent essentiels.

D'abord, ne pas réduire la formation à l'insertion immédiate. Certaines reconversions longues, certains métiers à maturation lente, ont une valeur que le placement à six mois ne capture pas. Le modèle doit savoir financer des trajectoires, pas seulement des sprints.

Ensuite, ne pas abandonner les formations d'intérêt général. Des champs entiers, comme la culture, le social ou la recherche, relèvent légitimement d'autres logiques de financement. Le partage de revenu est un complément, pas un étalon universel.

Enfin, mesurer l'insertion avec rigueur. Des taux d'insertion auto-déclarés, sans méthodologie, ne valent rien. L'exigence de données fiables et vérifiables fait partie du modèle.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un financement indexé sur l'insertion ? Un financement dont le retour dépend de ce que devient l'apprenant. Le financeur avance le coût de la formation et ne perçoit une part du revenu que si un emploi correctement rémunéré arrive. Sa contrainte économique le pousse donc à ne financer que des formations qui insèrent, sans qu'aucune charte n'ait à le lui demander.

Pourquoi le CPF n'oriente-t-il pas vers les métiers qui recrutent ? Parce qu'il finance des formations certifiées, et qu'une certification atteste d'un contenu et d'un processus, pas d'un taux d'insertion. Deux formations aux débouchés très différents peuvent être financées exactement de la même façon. Les priorités sectorielles publiques existent, mais elles s'expriment à un niveau macro, rarement formation par formation.

Comment vérifier qu'une formation mène réellement à l'emploi ? Trois éléments se demandent avant de s'engager : le taux d'insertion à six mois, mesuré promotion par promotion et non déclaré globalement, le salaire d'entrée constaté sur les diplômés, et la nature de l'accompagnement vers l'emploi au-delà de la plaquette. Un organisme qui suit ses diplômés dispose de ces chiffres.

Ce modèle exclut-il les formations sans débouché immédiat ? Il n'a pas vocation à les financer, et il ne prétend pas s'y substituer. Des champs entiers, dans la culture, le social ou la recherche, relèvent légitimement d'autres logiques de financement. Le partage de revenu est un complément aux dispositifs publics, sur le segment où l'insertion est mesurable.

Concrètement, comment un apprenant en bénéficie-t-il ? La formation est réglée à l'organisme, sans avance de frais. L'apprenant ne contribue qu'une fois en poste, au-dessus d'un seuil de revenu fixé à la signature, dans la limite d'un plafond et d'une durée maximale. Notre page financer sa formation détaille le mécanisme, et vous pouvez déposer une candidature pour faire étudier votre dossier.

Financer des trajectoires vers l'emploi

La formation professionnelle a longtemps été pilotée par l'offre : des programmes, des heures, des certifications. L'enjeu des prochaines années est de la piloter par les destinations, c'est-à-dire des métiers qui recrutent, des trajectoires qui aboutissent, des compétences qui trouvent leur emploi. Le financement est le levier le plus puissant de ce pilotage, car c'est lui qui décide, in fine, quelles formations se remplissent et lesquelles restent vides.

Chez Umanity, notre conviction est simple.

Chaque euro investi dans la formation devrait l'être là où il a le plus de chances de transformer une trajectoire professionnelle.

C'est exigeant pour les formations que nous finançons, et protecteur pour les apprenants que nous accompagnons. Et c'est, à notre sens, la condition pour que la formation tienne sa promesse : mener à l'emploi.

Dans un prochain article, nous parlerons du risque dans le financement de la formation : qui le porte vraiment, comment il se mesure, et pourquoi il est souvent mal évalué.

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À propos de l'auteur

Nicolas Goilav

Co-Fondateur & CEO chez Umanity

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